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Entre deux gravités

Fragment 88, d’eaux et de gris… • Septembre 2018

[Mer, gris vert. Le vent du nord-ouest s’est levé, il est pour nous debout, violent, amer ; mon fils renâcle et me tire sur cette grande plage de sable et de sel que l’hiver a gorgée d’eau, il a à nouveau basculé dans son autre moi, dur, irraisonnable et exigeant, alors on se force à faire comme si de rien n’était, à suivre notre fil habituel, «ce n’est rien, ça passera, comme à chaque fois», espérant la fin de cet état et le début de celui qui suivra, indélitable. Mais en ce jour de fin d’hiver sur une lande humide et salée, j’en veux à la grosse mouette relaxée qui décolle d’une grande flaque d’eau de mer en criant à son reflet miroir, j’en veux à ce petit crabe joueur ballotté à fleur d’une eau salée que le cers frissonne, j’en veux à ces jeunes gens qui préparent leur saison d’été en ce spot de glisse venteuse, et qui, pour réassembler les containers qui constitueront leur éphémère base nautique de bord de plage, démarrent enfin un vieux tracteur catarrheux dans un monstrueux nuage anthracite de diesel et de cris de joie et d’allégresse qui s’élève dans un crachin puant des débris végétaux et organiques que les marées d’hiver ont laissés là. Je n’avance plus, comme pris jusqu’aux genoux dans ce sable saumâtre émouvant, et mon fils qui crie et qui me tire… Envie de se livrer à cette mer grise.]

Photos articles et pages d’accueil du site Sans Raison Apparente © Armand T.

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