1er novembre 2008 17:02 • Vallon de la Dispute

Mi-fugue, mi-raison

Fragment 4,
de libertés

3 mars 2012

Fragment 4,
de libertés

3 mars 2012

Quelque part en octobre, un lundi. Le mardi étant férié, nous décidons de laisser Émilien pour une fois dans le Foyer où il réside en semaine depuis un an ; une occasion de prendre du repos, un peu de recul. Et d’en profiter pour se reconstruire un peu, socialement, autour d’un gentil blanc d’un chai niché au pied de notre montagne (1) et d’un couple d’amis.

Le matin suivant, une image se forme dans notre esprit, qui se précise au fur et à mesure du déroulé de l’histoire que l’on nous raconte au téléphone.

Au milieu des champs, d’un plateau encadré d’un cirque rocheux, le Foyer d’Émilien encore éclairé se fait doucement oublier dans la nuit. Comme un effet miroir entre deux marginalités, un champ dévolu aux gens du voyage jouxte la structure enclose… Eux sont libres, le temps est clément et ils ont fait un feu, en contrepoint des lumières des unités de vie d’autistes encore actives.

Vers 21 heures, au changement d’équipe, Émilien va profiter de plusieurs opportunités pour quitter son unité, puis son Foyer. En douce.

Peut-être d’un pas souple, il s’engage vers le village, on pense, suivant le chemin d’accès et les lumières ; ou bien à travers champs, longeant ou traversant le camp tsigane.

[Nous passions à table, la nuit s’annonçait douce, le vermentino aussi. On parlait d’Émilien, bien sûr, mais aussi d’autres choses…]

Rapidement, la recherche est lancée, intra puis extramuros, à travers champs avec l’aide de lampes-torches nomades.

L’image s’impose, palpable, poisseuse : il est pieds nus, 1 mètre 85 d’ado en pyjama, dans la nuit d’octobre, au niveau du panneau d’entrée du village ; il a trouvé la route, et court sur la nationale, une grande ligne droite qui traverse l’agglomération et le plateau pour amener à une montée de col en lacet. Là, il provoque un accident, forcément. Aux dommages purement mécaniques, en faisant lâchement abstraction du stress occasionné à cet automobiliste malchanceux que l’on remerciera toujours d’avoir tout fait pour éviter l’apparition de notre fils dans ses faisceaux de phares.

Ce dernier et d’autres ont du mal à le calmer. Le pizzaïolo du village vient là, aussi, qui le reconnaît et le ramène au Foyer.

Fin. Fondu au noir, fondu au soir sur cette plaine où dans la nuit, un warning insiste encore. Amer.

[Notre soirée s’était passée, fluide de notre insouciance, à parler de tout, de rien, de nous, des autres, à se dire que cet hiver 2011 est vraiment très doux… Et s’endormir sur ces certitudes.]

Le meilleur des mondes…

Émilien n’est pas un fugueur né. Ce n’est pas ancré dans son comportement. Les quelques fois où il nous a échappés se comptent sur les doigts d’une main et pour chacun de ces cas, les raisons restent obscures.

Des lubies ? Peut-être, mais ce jour-là, il démontra une réelle capacité à comprendre son monde et à interagir avec. Plus tard s’ouvrira une piste de réflexion : venant d’assister au départ de presque tous ses copains d’unité, avec leurs parents, une fois en pyjama, il a compris que lui allait rester. Avec détermination, il a cherché le chemin du retour, déjouant diverses enceintes. Vers quoi ? À la recherche d’une voiture, d’une piste, d’une aide, d’un confident ?

C’est une interprétation. Qui s’échafaude sur les bases de notre culpabilité. On l’a compris, mais peut-être pas accepté : notre choix est tristement binaire. Ou nous le gardons avec nous, avec toute notre attention, mais avec les corollaires d’épuisement et d’usure, de désocialisation, de marginalisation, ou bien l’on trouve ou l’on construit pour lui le meilleur endroit possible pour nous survivre.

Cette dernière option est instillée depuis des années par diverses entités, sociales, éducatives, médicales, et c’est d’un pragmatisme tellement évident que l’on en oublierait presque qu’Émilien puisse avoir sa propre vision des choses, tapie, là, dans l’ombre — ou la lumière — de sa personnalité.

En raccrochant, on a comme une aigreur, on va incriminer les sulfites, c’était un jour férié après tout…

Armand T.

20 novembre 2010
17:09
Puyloubier
20 novembre 2010 17:09 • Puyloubier

Sauf indications contraires, textes, dessins et photographies sous © Didier-Trébosc

autisme-hieroglyphe

Vermentino…

« Issu exclusivement du cépage Rolle (ou Vermentino) ramassé en légère surmaturité, ce vin présente des notes de fleurs blanches et de fruits exotiques, caractéristiques de ce cépage. Fermenté et vinifié en amphore de terre cuite et en jarre de grès, le Vermentino développe alors toutes ses saveurs avec élégance et intensité. » dixit une des belles caves de notre biotope. Ce blanc était celui de ce jour-là, il fait donc partie de l’histoire…

Retour au billet

Partagez ce billet, choisissez votre plateforme...

Commentez…